Parce qu’une famille, ça se construit… Pour parler de vie de famille puis de balades ou voyages en famille, il me faut bien commencer par le commencement.

Je vous livre ici un moment très fort de ma vie. Pas de détails très (trop) personnels. Une simple injonction faite à moi-même pour réfléchir, par écrit, à tous ces chamboulements, au premier rang desquels, mon nouveau rôle de Maman.

J’espère que vous accueillerez cet article avec bienveillance.

Le 15 janvier 2020, je suis devenue Maman.

À l’aube de mes 28 ans, seulement quelques jours avant ce nouvel âge, je suis devenue Maman.

Je devais accoucher le 16 janvier au matin par césarienne (mon petit bébé était positionnée en siège et il n’était pas possible de réaliser un accouchement par voie basse malgré tout), des contractions intenses me réveillent dans la nuit du 14 au 15 janvier. Il est environ 2h00 du matin (scénario digne d’un film romantique qui prévoit un accouchement en pleine nuit…). Comme j’ai suivi des cours de préparation à l’accouchement avec ma sage-femme, je commence à être attentive à ma respiration, à tenter de la contrôler de sorte à focaliser mon attention sur celle-ci et non sur la douleur. En théorie, tout est très facile à maîtriser. D’ailleurs, en tant qu’ancienne sportive de haut niveau, j’ai déjà eu l’occasion de pratiquer ce type d’exercices et je sais qu’en oxygénant ainsi son cerveau le corps se détend peu à peu.

Mais les contractions se rapprochent me laissant de moins en moins de répit. J’ai du mal à me concentrer lorsque mon mari me parle. Je bouge, je cherche désespérément des positions qui m’aideront à m’apaiser. Je prends une douche chaude. C’est mieux, mais très vite les contractions reprennent avec intensité.

Très impliqué depuis le début de ma grossesse, mon mari compte les minutes. Il surveille le rapprochement des contractions ainsi que le lui a indiqué la sage-femme au cours de mes rendez-vous. Il s’interroge. Peut-être pense-t-il secrètement à un accouchement surprise « normal ».

Il est temps d’y aller. Nous embarquons dans le taxi et partons pour la maternité. C’est le trajet le plus long que je n’ai jamais connu. Il est interminable et pourtant, je me surprends à rire intérieurement en voyant le reflet du chauffeur de taxi inquiet dans le rétroviseur…

Arrivée à la maternité : c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

Nous arrivons à la maternité dans laquelle je suis suivie. Je suis examinée et la sage-femme de garde me pose un monitoring afin de suivre l’évolution de mes contractions. Elles se poursuivent bien sûr et s’intensifient. Mon mari joue alors un rôle clé puisqu’en me parlant de choses douces qui n’ont aucun rapport avec la situation, je parviens à reprendre le contrôle sur ma respiration même si cela est passager. Avec son aide, je retrouve les sensations évoquées en cours de préparation à la naissance.

Ma puce, elle, n’a pas bougé, elle est toujours en siège et s’y sent visiblement très bien. Nous comprenons qu’elle se manifeste et qu’elle a envie de sortir de mon ventre. Ma césarienne sera donc peut-être avancée.

Nous finissons par descendre en chambre. Les contractions se sont amplement calmées et nous allons pouvoir tenter de finir notre nuit. Mais c’est l’attente qui commence, emprunte d’excitation : quelle sera l’issue de cette nuit pas comme les autres ? Ma césarienne sera-t-elle avancée ou bien allons-nous être renvoyés chez nous ?

Forcer le destin

Je devais accoucher le 16 janvier à 8h00 et j’aime penser que notre fille a forcé le destin en se manifestant avec force un jour avant.

Tous les deux, mon mari et moi dans la chambre de la maternité, nous commençons à réaliser ce qui nous attend et l’excitation nous gagne : notre grand Bonheur nous tend les bras ! Et puis l’appréhension. La peur de ce grand chamboulement. Le frein à main pour ne pas foncer droit dans ce shot de responsabilités nouvelles. La crainte de ne pas être à la hauteur. Et puis on a hâte. Tout ça en boucle.

Ma césarienne aura lieu ce mercredi 15 janvier. Dans quelques heures nous serons parents. La claque. Impossible de faire marche arrière. Mais ça tombe plutôt bien car nous sommes résolument tournés vers l’avenir.

Nous attendons donc. Les contractions sont passées et nous patientons en tentant de trouver le sommeil.

Dans deux heures, nous serons parents

7h00. Entrée avec fracas des sage-femmes. Le médecin vient de confirmer, ce sera pour ce matin. Nous nous regardons avec M. et nous reprenons une claque dans la figure : dans deux heures, nous serons parents. Nous sommes assis sur ce lit de chambre de maternité, nous nous regardons : « Nous allons être parents ».

Notre petit bébé est là. Il a décidé qu’il allait naître aujourd’hui et non demain comme nous l’avions prévu pour lui. Ce sera donc le 15 janvier.

Après un soin de douche à la bétadine (ah ! ah !) pour préparer le corps à la césarienne, je serai amenée au bloc afin de m’y installer.

Le temps s’écoule à un rythme extrêmement étrange. Il est dilué, passe vite et en même temps très lentement. Nos proches sont avertis (#teasing) : « Elle part au bloc dans 30 minutes ». Nous nous regardons avec M. et nous y allons.

A l’étage, je suis prise en charge par la cheffe de bloc qui m’installe en vue de l’opération. J’ai peu (pas en réalité) dormi et suis donc épuisée voire en pilote automatique. Dans le même temps, je me sens très impatiente dans le même temps et me sens malgré tout prête. Je respire. Je suis calme. Je sais que l’on va me poser la rachianésthésie. Le liquide passe dans mon corps et bientôt, je ne sens plus mes jambes. Allongée, les bras en croix, je regarde le plafond et les murs froids du bloc. Le champ que l’on installe devant moi me fait penser aux rideaux de scène qui s’ouvrent et se referment entre les actes et tableaux d’une pièce. Je suis spectatrice. Et je me sens déconnectée.

M. me rejoint ainsi que le gynécologue obstétricien. Je connais ce dernier puisqu’il m’avait reçue en rendez-vous à la fin du 7e mois afin de parler de mon accouchement et de ma césarienne. Il m’avait expliqué avec précision et pédagogie la manière dont tout allait se passer.

En réalité, ce n’est pas vraiment ce que j’avais imaginé pour un premier accouchement. J’avais envisagé quelque chose de tout à fait classique, physiologique et surtout, visualisé ce « plus beau jour de ma vie », entourée de mon mari et de notre petit bébé. Intérieurement, j’ai mis du temps à accepter cette césarienne même si j’avais l’intuition, dès le début du 7e mois, qu’elle serait la manière dont allait naître notre fille. Malgré les encouragements et paroles rassurantes de mon entourage (« elle va se retourner », « cela peut se produire jusqu’au dernier moment », etc.), je savais que j’accoucherai par césarienne.

Et puis je suis entrée dans une sorte de bulle.

La Rencontre avec un grand R & l’Amour avec un grand A

9h07. Elle est là, je viens de entendre son petit cri tant attendu. Et je la vois, si belle alors qu’elle a été extraite de son environnement in utero.

Et tout de suite, elle est partie pour les premiers soins et tests avec son papa et je ne les ai rejoints que quelques minutes plus tard, après avoir été recousue. Je sais que M. a vécu un moment magique avec sa petite fille dès qu’elle est née et il ne l’a plus quittée des yeux.

Dans la salle de réveil où je les attends, je pense mais je me sens diminuée, incapable de bouger le bas de mon corps. C’est assez dur psychologiquement sans que je ne parvienne à l’expliquer. L’émotion me gagne pleinement lorsque mon mari entre dans la salle avec notre fille blottie contre son torse. Je ne l’avais vue à peine quelques secondes au bloc et là, je la rencontre enfin. Elle est si belle et appréhende très calmement ce monde tout nouveau pour elle. Posée sur moi, elle m’observe à sa manière. Et moi aussi, je l’observe avec attention et veux tout garder en mémoire pour ne rien perdre de ce moment précieux.

Oui, il est très précieux ce moment et aujourd’hui encore, pile poil 6 mois après la naissance d’Alix, je me rappelle cette atmosphère tout particulière et les émotions qui nous ont envahis. J’évoque ces émotions car elles étaient très paradoxales en ce qui me concerne. En effet, la magie de cet instant empli d’un amour si indescriptible et infini a côtoyé la culpabilité que j’ai pu ressentir de ne pouvoir porter « correctement » ma fille et de me sentir aussi las, épuisée physiquement et moralement. Toutes les projections que j’avais pu faire sur ce moment précis se sont vues bousculées et je n’ai pu être la maman que j’avais imaginée. Dur, dur de me l’avouer mais c’est ce que j’ai ressenti sur le moment et longtemps après, jusqu’aux 6 mois d’Alix : ce sentiment de culpabilité de n’avoir pu lui donner tout ce que j’avais prévu, tout ce que j’avais imaginé à sa naissance…

Même si j’ai voulu afficher une image de raison et de mesure de mon immense responsabilité, j’ai souffert de cette césarienne et je suis allée jusqu’à penser qu’elle m’avait privée d’un « rite initiatique » qui aurait entériné, quelque part, mon statut de mère (oui, j’ai un peu vrillé psychologiquement et la chute hormonale ne m’a pas aidée…). Mes sentiments ont été très confus et j’ai encore du mal à mettre des mots… sur ces maux de l’esprit.

Mais dans ce dédale tourmenté, j’ai fait une rencontre. La Rencontre avec un grand R, celle qui a tout bouleversé sur son chemin. Celle qui a décidé qu’il y aurait « un avant » et « un après ». Elle a eu l’effet d’une claque, elle a été foudroyante. Et en dépit de ces maux, c’est un Amour sans fin et indescriptible que j’ai ressenti. Mes mots ici ne sont sans doute pas assez forts pour en témoigner.

Mais j’essaye.

Ainsi, j’écris pour encaisser cette claque que j’ai prise et c’est comme une thérapie. Elle m’a sonnée un instant.

Mais aujourd’hui, je me retrouve ou peut-être que je me trouve, tout simplement, dans ce rôle de maman que j’aime tant.

 

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Photo by Luma Pimentel on Unsplash.

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